Si les chats (fin, peut-être)

Après m’être retrouvée dans une poubelle avec des détritus inintéressants et malodorants, je désespérais de finir ma vie de la sorte. J’avais depuis longtemps mis mes idéaux au placard, mais tout de même, j’aspirais à plus de rêve dans cette courte vie.

J’étais en pleine lamentation lorsque j’ai senti du mouvement dans mon tas d’ordures. Une petite main m’a sortie de cet enfer nauséabond. C’est là que j’ai compris toute la sagesse contenue dans la phrase: « nous avons deux vies. La 2e commence quand on prend conscience qu’on en a qu’une. » (Cela ne marche pas pour les chats bien sûr, puisqu’ils en ont 9).

Le reste est anecdotique. La petite main était au bout du bras d’un enfant habile, qui transforme les canettes en voitures pour les vendre à des touristes. Il m’a découpée, modelée et assemblée. Par la suite, j’ai atterri dans ma deuxième vie :

Bibelot enchanté
sur un manteau de cheminée,
Je regarde un chat passer
et repasser.

Publicités

Si les chats ont 9 vies (suite)

C’est la Journée de la femme. Les canettes aussi peuvent être féminines…(je m’excuse d’avance auprès de toutes les femmes qui défendent de vrais combats aujourd’hui).

Ensuite, j’ai brièvement été objet de convoitise dans l’armoire réfrigérée d’un hôtel de Cuba, devant laquelle les clients assoiffés s’arrêtaient un instant pour choisir celle qui aurait l’honneur de se glisser entre leurs doigts humides. Je sais que vous saisissez tout l’érotisme de cette phrase, c’est que moi, simple canette, j’ai eu des désirs aussi. L’un de ces clients m’a choisie, m’a décapsulée sans tendresse et m’a vidée de mon contenu. J’ai pu rester quelques minutes dans ses mains chaudes, avant d’être brutalement jetée dans la première poubelle venue.

Un avis de chien

IBU

Mon nom à moi c’est Ibu. En fait, je m’appelle Ibuprofène, mais le vieux loup qui m’a attribué ce nom s’est vite rendu compte de la raison pour laquelle ses congénères se contentent de deux syllabes pour héler leurs fidèles compagnons. Lui qui n’aime pas que je flaire les indices déposés par mes concurrents sur la chaussée a bien été obligé de constater que j’en avais relevé plusieurs avant qu’il n’ait fini de m’appeler. Ah! Sacré Alphonse!
Vous l’aurez compris : même si je suis celui qui perd ses poils, jappe, remue la queue et renifle des derrières, c’est moi qui vais vous parler d’Alphonse. Après tout, n’est-ce pas moi qui le connais le mieux, version diurne comme nocturne? Tenez, la nuit par exemple, Alphonse ronfle. Eh oui! J’ai beau siffloter ou lui donner des petits coups de museau, rien n’y fait. Il a le sommeil lourd et tonitruant. Le matin, quand il se lève, il est guilleret et dispos, tandis que je peine à me lever. Malgré ses 91 ans, il est en pleine forme.
Il aime tellement la vie qu’il ne veut pas la quitter. C’est la conclusion à laquelle a dû arriver son petit-fils il y a 7 ans, lorsqu’il comptait sur un héritage pour se lancer dans la musique. C’est à ce moment-là, alors que j’étais un tout jeune chiot, qu’Alphonse m’a présenté à sa famille. Et là! Vous auriez dû voir la truffe du petit-fils : paupières déconfites, oreilles tombantes, babines frémissantes…on aurait dit qu’il avait avalé un os de travers. Il venait sans doute de réaliser qu’un délai de la taille d’une vie de chien venait de se déposer en travers de son chemin. Alphonse n’est pas dupe : il en rit encore! Non qu’il n’aime pas son petit-fils, mais il veut qu’il en « arrache » un peu, comme lui qui a trimé dur pour acheter sa pharmacie, à l’époque.
Alphonse me raconte souvent ses jeunes années. Il est particulièrement volubile lorsque nous sommes tous les deux dans la cuisine et qu’il prépare le souper. Comme si le fait d’être absorbé par une tâche qu’il aime stimulait sa mémoire. Il me raconte souvent des anecdotes joyeuses, du temps où il rôdait avec sa meute d’amis, tous disparus aujourd’hui. Quelquefois, je l’entends gémir et le voit verser une larme, le plus souvent à l’évocation de sa défunte compagne. Dans ces moments-là, je sens qu’elle lui manque, qu’il aimerait bien se blottir contre elle et frotter son museau contre le sien. Ensuite, il reprend le fil de ses histoires avec force gestes, fait mine de nettoyer ses lunettes et me propose une marche avant de se mettre à table. Il est comme ça, Alphonse, rempli de la vie qui passe.

Mais qu’est ski m’a pris?

ski (1)

8 ans que je vis au Québec, 2 grossesses en hiver et 2 bébés portés en kangourous les hivers suivants, mettons que je m’étais plus ou moins organisée pour y échapper.

Or, maintenant que mon « petit dernier » a atteint l’âge vénérable des contradictions et des belles formules, il était temps pour moi d’admettre que je n’avais plus d’excuses. Alors, après avoir pris mes cliques à deux mains, mon courage et mes claques, j’ai décidé que j’allais me remettre au ski! 17 ans que je n’étais pas remontée sur des spatules et que je n’avais posé mon derrière sur un télésiège. J’ai entraîné mon amoureux dans l’aventure… courageuse oui, mais pas téméraire!

L’affaire a commencé par la Poubelle du ski. C’est déjà assez onéreux comme sport, hors de question d’acheter notre équipement. Nous l’avons loué. Après l’épreuve de se faire conseiller par un gars qui à la moitié de mon âge et qui n’a jamais skié sur des longs skis ni sans casque, nous sommes repartis avec tout ce qu’il faut pour dévaler les pistes (mais pas de casque, honte à nous!) Je suis pour ma part équipée d’une paire de jolis skis. Vu mon niveau, pas la peine de s’attarder sur le côté technique, l’esthétique suffira.

Vendredi, après avoir déposé les enfants dans leur lieu de villégiature respectif, nous sommes allés au Mont Saint-Bruno. Le ski exige de la souplesse, savez-vous? Essentiellement pour la partie d’habillement dans la voiture! Ensuite, eh bien voilà: la neige, le blanc, le froid et les pentes. Moi qui suis transie en permanence cette année, j’aurais pu choisir une activité plus réchauffante, comme la natation ou le sauna. (Comment ça, le sauna n’est pas une activité?). Mais non! Cela n’aurait pas été aussi épique. Le plaisir des doigts et des orteils gelés, c’est à vivre. Dans la descente, je me réchauffais. En remontant, j’avais l’étrange impression que mes orteils allaient se détacher un à un, puis que mes chaussures et mes skis allaient tomber, sans plus rien pour les retenir. Oh! la!la! Évidemment, une fois en haut, j’avais les jambes flageolantes, bien sûr.

ski (2)

Je n’ai jamais été une grande skieuse, mais me remettre au ski en commençant par le haut de la piste a été toute une épreuve. Je me serais bien vue sur la piste des petits, vous savez, celle où l’on accède par un tapis roulant. Finalement, je suis descendue, puis remontée. Plusieurs fois. Pendant une heure. Après, j’étais en hypoglycémie.

J’avoue, ce ne sont pas les pistes des Alpes. Celles du Mont Saint-Bruno sont plutôt l’équivalent (avec 20 degrés de moins au thermomètre) de celles de Lure, où j’ai appris à skier . Du coup, je me sentais quand même en confiance et j’admets que je me suis bien amusée. En plus, il faisait beau vendredi…

ski (3)

Je pense que je vais y retourner!

Mots inventationnés

Je soufflotte sur tes lunetteries qui s’embouillonnent et je papillonne. Tu bacilles, tu badances et je dansonne en te regardant. Quelques fants, quelques fals et nous voici sur le même faladeau. Ce n’est pas du gadeau! Ce n’est pas non plus un radeau, même si je mariguerais bien avec toi.

J’ai chauderie à m’enneiger le visagif et respiris un grand froidif simultantanément. Je simulif une maladerie quelconque pour ne pas éveillonner tes soupsifs. Je suis amourachonnée sans contestatif, mais je ne veux pas que tu le saches.

Omen

Tempête sur un crâne

J’ai entendu dernièrement une conversation entre deux hommes, dont l’un a une chevelure abondante et l’autre une tonsure apparente. Aucun des deux ne semblait vraiment affecté par son état capillaire, mais cela a inspiré le texte suivant, que j’ai écrit lors de mon dernier atelier d’écriture (avec les mots imposés en gras dans le texte, qui nous étaient donnés au fur et à mesure de cet exercice très amusant).

DSC01311

«Je marchais au hasard comme ça, lorsque le vent s’est levé et a subitement emporté mon chapeau. J’ai eu soudain froid à la tête. C’est que mon couvre-chef remplissait parfaitement sa fonction avant de m’être enlevé…J’ai eu l’impression d’avoir la chair de poule sur mon cuir chevelu. Impossible, pensez-vous? Je le vois à votre air dubitatif. C’est parce que votre peau à vous, à cet endroit-là, n’est pas à découvert. Essayez tout de même d’imaginer un froid glacial sur votre tête. Vos cheveux se hérisseraient, ne croyez-vous pas? Bon, eh bien, mettez-vous à ma place, moi qui suis chauve comme un œuf…Voilà! Vous voyez: les cheveux hérissés sans cheveux, cela donne une chair de poule sur un crâne. Bref. Un autre problème avec ça, oui, ma calvitie, comme vous dites, c’est le soleil. Les rares fois où je suis exposé à ses rayons sans un galurin ou une casquette, je risque l’insolation. Mais l’étape d’avant, c’est la brûlure, communément appelé le coup de soleil. La sensation de feu sur mon sommet pendant plusieurs jours. Parfois, j’ai l’impression d’avoir plongé tête première dans un volcan en fusion. Ah! Ah! je vois bien, à votre bine, que vous pensez que j’exagère. Si, si, vous mettez en doute la véracité de mon propos! C’est que voyez-vous, mon cher monsieur, vous êtes doté d’une crinière à faire pâlir un lion. Comment pourriez-vous ressentir ce que je vis? Vous faites partie des privilégiés qui auront encore du poil sur le caillou à 70 ans. C’est comme se payer le luxe de manger des fraises en janvier ou des vacances dans le Sud en avril! Comment ça, pas rapport? Voilà que vous devenez blessant, à présent. Je vais vous l’expliquer, le lien. Il tient dans le fait que certaines personnes ont la chance inouïe de pouvoir exposer leur boucles jusqu’à un âge avancé – que je n’ai même pas, notez bien – comme d’autres peuvent s’offrir une nourriture ou un voyage qui ne sont pas accessibles à tous. Ce sont des privilèges, ou de la chance, ou ce que vous voulez, mais ils sont injustes. Remarquez, j’ai appris à m’y habituer avec le temps. C’est la vie! Mais pardonnez-moi de ne pas être euphorique au sujet de ma tonsure. Il faut accepter ce que l’on ne peut changer?  Je l’ai entendue tant de fois, celle-là! Je pourrais la faire tatouer sur mon crâne, tiens! Elle ne le protégerait pas beaucoup du froid ou du soleil, notez, mais elle le rendrait unique et clouerait le bec aux empêcheurs de ruminer en rond comme vous! Ou alors, elle m’aiderait à accepter mon sort de chauve, qui sait? »